Retour à chaud suite au Green Tech Forum. Décevant, dissonant, mais rempli de belles rencontres…

Par Maxime Bréhin le 6 novembre 2025 • 3 min

Malgré une majorité d’intervant·e·s de qualité, les intentions profondes du green IT ne sont plus exprimées et donc plus réellement servies.

L’objectif de questionnement du numérique et de réduction de ses impacts en adéquation aux limites planétaires n’est plus servi.

Je ne m’étendrai pas à cibler des interventions en particulier. Sur le papier, une grande partie des sujets était très intéressante. De fait, une partie répondait aux sujets énoncés et à mes attentes. Cependant, et c’est là qu’ira ma critique, nombreux sont les sujets où les constats étaient partiels voir inexistants et, surtout, l’objectif global visé, à savoir le questionnement et la réduction des impacts du numérique en adéquation aux limites planétaires, n’était pas satisfait.

Pas de questionnement des modèles économiques. Pas de réflexion sur la redirection des entreprises eu égard aux potentielles incidences de leur modèle. Pas d’analyse technocritique du numérique et des usages. Les experts savent et l’expriment dans les allées de l’évènement. La dimension philosophique n’est pas atteinte quand bien même on ne cesse d’évoquer un nécessaire “changement de paradigme”.

Alors oui, les lois, référentiels et efforts menés ont été rappelés. On s’est félicité des efforts produits en France et en Europe. À juste titre, car il faut encourager cette dynamique. La France se positionne en championne et précurseure du GreenIT (loi REEN, loi AGEC, GR491, RGESN…). Mais à trop se féliciter, on met un mouchoir sur les efforts restant à mener, sur le non-alignement des stratégies entrepreneuriales et politiques face à leurs engagements de réduction. On met à l’honneur l’efficience, l’optimisation, l’éco-conception tout en oubliant que ces pratiques ont des limites en partie déjà atteintes et que leur mise en œuvre couplée à une multiplication/croissance des services et produits rend caduque les intentions qu’elles sont censées servir. On oublie que l’IA à laquelle on donne de nouveaux qualificatifs a enterré l’émergence de ce qu’on disait numérique responsable. On sert par la même un récit défaillant tout en invoquant de nouveaux imaginaires auxquels on ne donne pas matière à réflexion.

L’IA a enterré l’émergence de ce qu’on disait numérique responsable.

Certain·ne·s me trouveront trop radical, trop pessimiste. D’autres, j’espère, réaliste. La réalité est pourtant celle déjà énoncée et rappelée régulièrement (dernièrement avec différents rapport de l’ADEME, de The Shift Project, de l’Association Green IT…) : le numérique dans son état actuel (même avant l’avènement de l’IA grand public), n’est pas soutenable. Croire en la seule capacité d’une IA à apporter des solutions relève de l’inconscience totale. On peint au passage cette IA en vert en la qualifiant de “frugale” (dont la définition est laissé à l’arbitrage de la personne qui l’énonce). Cette réalité, m’a-t-on dit, n’est pas vectrice de transition (le mot est choisi à dessein), alors on a arrondi les angles jusqu’à ce qu’on oublie ce qui était en dehors de la bulle qu’on s’est créé. C’est vrai que ce que je définis comme le lexique “honnête” a des connotations négatives et pèche à séduire : dénumérisation, décroissance, désescalade numérique, slow tech… C’est aussi qu’il demande une gymnastique intellectuelle complexe et qu’il est bien plus facile de s’atteler à un dépoussiérage de surface pour faire bonne figure. On joue sur les apparences en se persuadant qu’on sert réellement les intentions données. Et celles et ceux qui savent s’attèlent à trouver des solutions de contournement, en trouvant de nouveaux lexiques, de nouvelles accroches, tout en tentant de survivre en continuant à servir la cause d’un numérique responsable, ou plutôt acceptable.

Celles et ceux qui savent s’attèlent à trouver des solutions de contournement, de nouveaux lexiques, de nouvelles accroches.

Pour finir sur une note positive, je tiens à féliciter celles et ceux qui malgré tout persévèrent et parviennent à avancer par petits pas, réduisant de leur mieux l’impact de leurs entreprises (pour certaines, on peut parler de réelle réduction).

Cette note se veut une critique constructive en vue de redonner un sens à ce que doit-être, selon moi, le green IT. Merci de m’avoir lu.

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